Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/198

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— Les anges m’ont abandonné. Ah ! cela n’est — que trop vrai, celui qui n’a pas d’argent — est damné en ce monde : il est perdu ! il est perdu !


LA FEMME.

Cher mari !


LE MARI.

— Oh ! punition la plus dure de toutes, j’ai une femme !


LA FEMME.

— Je vous en supplie, si vous avez souci de votre âme, — dites-moi la cause de votre mécontentement.


LE MARI.

— Que le démon de la vengeance te mette toute nue ! Tu es la cause, — l’effet, la qualité, la propriété, toi, toi, toi !

Il sort.

LA FEMME.

— De mal en pis. L’âme en détresse — comme le corps. Il ressemble aussi peu — à ce qu’il était tout d’abord que si quelque âme en peine — avait pris forme en lui.

Il revient.

Le voici encore ! — Il dit que je suis la cause ! je ne lui ai pourtant — jamais adressé que les paroles du devoir et de l’amour. —


LE MARI.

Si le mariage est honorable, alors les cocus sont honorables, car ils ne peuvent exister sans le mariage. Imbécile que je suis de m’être marié pour faire des mendiants ! Maintenant il va falloir que mon aîné soit escroc pour être quelque chose. Il ne pourra plus vivre qu’aux dépens des dupes, car il n’aura plus de terre qui le nourrisse. L’hypothèque pèse comme un frein sur mon patrimoine et me fait mâcher du fer… Mon second fils devra prendre l’état de délateur, et mon troisième se faire voleur ou souteneur : un misérable ruffian ! Ô misère ! misère ! à quels ignobles