Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/205

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vengeance, veux-je dire. — Je suis affolé de vengeance. Épouse prostituée, — c’est ta querelle qui m’ouvre ainsi la chair — et me fait cracher le sang de ma poitrine. Mais ton sang aussi coulera… — Vaincu ! abattu ! incapable même de parler ! — À coup sûr, c’est le manque d’argent qui rend les hommes si faibles. — Oui, c’est ce qui m’a fait tomber : autrement, je n’aurais jamais été renversé.

Il sort.

SCÈNE III

[Une antichambre.]
Entre la femme en habit de cheval, suivie d’un serviteur.

LE SERVITEUR.

— En vérité, madame, s’il n’y a pas présomption — de ma part à vous parler ainsi, vous aviez bien peu de motif ~ de l’excuser, connaissant tous ses torts.


LA FEMME.

— Je l’avoue, mais, mon Dieu ! — à quoi bon répandre au dehors nos fautes intérieures ? — C’est bien assez de la douleur au dedans. Dès qu’il m’a vue, — mon oncle a pu résumer devant moi la vie prodigue de mon mari — aussi parfaitement que si son œil sévère — en avait dénombré toutes les folies. — Il savait tout, les terres hypothéquées, les amis engagés, — les dettes dont est criblé mon mari. Si à ce moment — j’avais rappelé sa conduite et ses duretés, — c’en était fait de toute idée favorable. — Loin de là, mon oncle a vu dans la jeunesse la mère de ces excès, — auxquels le temps et les leçons de l’expérience devront mettre un terme ; — croyant à la tendresse de mon mari pour moi, (car je l’ai fait — aussi doux que j’ai pu, bien que son caractère — soit en réalité plus affreux qu’un ours mal léché,) — il est prêt à lui procurer quelque emploi, — quelque place à la cour : excellent et sûr appui — pour sa