Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/207

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LA FEMME.

Ne m’effrayez pas, je vous prie, monsieur, mais daignez m’écouter. Mon oncle, heureux de votre bonté, de votre douceur envers moi, (car c’est ainsi que je lui ai présenté votre conduite), a pris en pitié votre fortune chancelante ; il a obtenu pour vous un emploi a la cour, un emploi lucratif et honorable : ce qui m’a ravie d’une telle Joie…


LE MARI, la repoussant.

Arrière, carogne ! folle de joie quand je suis à la torture ! Ah ! rusée putain, plus subtile que neuf démons, ce voyage chez notre petit oncle n’était donc que pour lui raconter mon histoire et ce que sont devenus mes biens et ma fortune ! Vais-je, moi qui me suis voué au plaisir, être désormais astreint à un service ! à me courber et à faire le pied de grue comme un vieux courtisan, chapeau bas ! Moi qui n’ai jamais pu m’habituer à me découvrir à l’église ! Vile catin ! Voilà le fruit de tes récriminations !


LA FEMME.

Mes récriminations ! Oh ! le ciel sait — qu’elles n’ont été que des louanges, que de bonnes paroles — sur vous, sur votre situation. Seulement mes parents — savaient que vos terres étaient engagées, et ils étaient au courant — des moindres incidents, avant mon arrivée. — Si vous soupçonnez que tout ceci n’est qu’un complot de moi — dans le but de garder mon douaire, soit pour mon bien personnel, — soit pour mes pauvres enfants, (quoiqu’il convienne à une mère — de montrer à les secourir une tendre sollicitude), — pourtant je m’oublierai moi-même pour calmer votre colère : — usez de ce que j’ai, au gré de votre plaisir. — Tout ce que je désire, la pitié même le fournit. — Accordez-moi seulement des regards aimables et de douces paroles.