Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/208

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LE MARI.

De l’argent ! putain ! de l’argent ! ou je…

Il tire son poignard ; entre à la hâte un domestique.

— Diable ! qu’y a-t-il ? Ta nouvelle est donc pressée ?


LE DOMESTIQUE.

Pardon, monsieur…


LE MARI.

Quoi ! est-ce que je ne puis regarder mon poignard ? Parle, maraud, ou j’en essaierai la pointe sur toi ; vite, sois bref.


LE DOMESTIQUE.

Eh bien, monsieur, c’est quelqu’un de l’Université qui attend en bas pour vous parler.

Il sort.

LE MARI.

De l’Université ? l’Université ! ce long mot me pénètre tout entier.

Il sort.

LA FEMME.

— Vit-on jamais une femme si misérablement accablée ? — Si ce message ne s’était pas interposé entre nous, la pointe — aurait heurté ma poitrine. — Ce que les autres femmes appellent grand malheur — ne se remarquerait guère ici, et passerait presque inaperçu — au milieu de mes misères : je puis hardiment me comparer, — pour le malheur, à elles toutes… — Il ne sera satisfait de rien jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. — Il appelle esclavage une dignité où on l’élève ; — un emploi de crédit, une servitude avilissante ! — Qu’adviendra-t-il de moi et de mes pauvres enfants ? — Deux ici ! et un en nourrice ! mes jolis mendiants ! — Je vois déjà la ruine, d’une main délétère, — faire crouler en poussière notre antique domaine. — Le poids pesant du chagrin ramène mes paupières — sur mes yeux humides ; je puis à peine y voir. — Ainsi la douleur est toujours là, elle veille et s’endort avec moi.

Elle sort.