Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/211

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LE MARI.

Je bois d’abord à vous, monsieur, de grondeuse bienvenue.


LE MAÎTRE DE COLLÈGE.

J’aurais désiré pour vous qu’elle eût été plus agréable. Je vous fais raison, monsieur : à la santé du cher prisonnier !


LE MARI.

Volontiers. Maintenant, monsieur, si vous voulez bien pendant quelques minutes faire un tour en bas sur mes terres, mon valet, que voici, va vous accompagner. Je ne doute pas que, pendant ce temps, je ne trouve une réponse suffisante pour la pleine satisfaction de mon frère.


LE MAÎTRE DE COLLÈGE.

— Voilà, cher monsieur, qui fera plaisir aux anges, — et calmera les murmures du monde ; et j’oserai dire — que j’ai fait cette démarche un jour de bonheur.

Il sort, accompagné du domestique.

LE MARI.

Ô homme de désordre ! te voilà ruiné par tes péchés chéris. Ta damnation, c’est ta misère. Pourquoi le ciel nous a-t-il dit de ne pas pécher, et a-t-il fait les femmes ? Pourquoi ouvre-t-il à nos sens la voie du plaisir, qui, une fois trouvé, nous perd ? Pourquoi faut-il que nous connaissions les choses qui nous sont si funestes ? Oh ! que la vertu n’a-t-elle été défendue ! nous serions tous devenus vertueux ; car il est dans notre sang d’aimer ce qui nous est défendu. Si l’ivresse n’avait pas été défendue, quel homme eût voulu être le fou de la bête, le mime de la truie, jusqu’à faire des contorsions dans la boue ? Qu’y a-t-il donc dans trois dés, pour qu’ils fassent ainsi jeter à un homme trois fois trois mille acres dans le cercle d’une petite table ronde, pour qu’ils forcent un gentilhomme à lancer ses enfants d’une main tremblante dans le vol ou dans la mendicité ?