Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/212

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C’est fini. J’ai fait cela, moi ! Terrible, horrible misère !… Quel bel héritage était le mien ! si beau ! si beau ! Mon domaine s’arrondissait comme une pleine lune autour de moi ; mais maintenant la lune est ä son dernier quartier, elle décroît, elle décroît ! Ah ! je suis fou de penser que cet astre était à moi, à moi et à mon père, et aux pères de mon père, de générations en générations ! Elle s’écroule, notre maison ; elle sombre, elle sombre. Maintenant notre nom est mendiant : ce nom mendie en moi ! Ce nom, qui depuis des centaines d’années avait rendu ce comté fameux, se fait vagabond dans moi et dans mes enfants ! De ma semence sont nées cinq misères, outre la mienne. Ma prodigalité, c’est maintenant le geôlier de mon frère, c’est la désolation de ma femme, c’est la pénurie de mes enfants, et c’est ma propre confusion.

Il s’arrache les cheveux.

— Pourquoi mes cheveux tiennent-ils encore à ma tête maudite ? — Est-ce que ce poison-là ne les fera pas tomber ?… Oh ! mon frère est — arrêté par des démons — qui le torturent pour le pressurer, et moi, besoigneux, — je n’ai plus de quoi vivre, ni de quoi le racheter. — Prêtres et mourants peuvent parler de l’enfer, — mais c’est dans mon cœur que sont tous ses tourments, — servitude et misère ! Quel est celui qui, dans cette situation, — ne consentirait pas à emprunter de l’argent sur son âme — et à mettre son salut en gage pour vivre des intérêts ? — Pour moi, qui ai toujours vécu dans le luxe, — le besoin est pire que les angoisses de l’enfer. —

Entre un petit enfant avec une toupie et un fouet.

LE PETIT ENFANT.

Qu’avez-vous donc, père ? est-ce que vous n’êtes pas bien ? Je ne puis pas fouetter ma toupie tant que vous res-