Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/224

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Entre la femme portée dans une chaise.

LA FEMME.

Ô mon bien-aimé, cher époux en détresse, — te voilà donc entre les mains de la loi impitoyable ! — C’est là ma plus grande douleur, le déchirement suprême. — Ah ! mon âme saigne.


LE MARI.

— Eh quoi ! tu es encore tendre pour moi ! Ne t’ai-je point blessée ? — laissée pour morte ?


LA FEMME.

— Qu’importe ! mon cœur avait souffert de bien plus cruelles blessures. — La dureté fait une blessure plus profonde que l’acier, — et vous avez toujours été dur pour moi.


LE MARI.

Oui, en vérité, je le reconnais. — J’ai commis mes assassinats d’une main brutale, — avec la brusquerie du désespéré. Mais, toi, tu as trouvé — là le beau moyen de me frapper, — tu as fait à mes yeux — des plaies qui les dessillent. Et voilà que le démon s’enfuit de moi ; — il s’échappe par tous mes membres, il soulève mes ongles ! — Oh ! attrapez-le, tortures encore inconnues ! — Enchaînez-le de mille liens de plus, anges bienheureux, — dans cet abîme insondable ! Qu’il n’en sorte plus jamais — pour faire jouer aux hommes de monstrueuses tragédies, — pour s’emparer d’un père, et faire de ce père furieux — le bourreau de ses enfants, le meurtrier de sa femme, de ses serviteurs, de n’importe qui ! — Car il est ténébreux, l’homme par qui le ciel est mis en oubli.


LA FEMME.

— Ô mon mari repentant !


LE MARI.

Chère âme que j’ai trop outragée, — je meurs pour avoir fait mourir, et j’aspire à ce moment suprême.