Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/234

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terre plus longtemps — que ne remue une colombe égorgée. — Dis-lui, si tu le voyais étendu sur le champ de carnage, la face tuméfiée, — montrant ses dents au soleil, grinçant à la lune, — dis-lui ce que tu ferais !


HIPPOLYTE.

N’en dites pas davantage, pauvre dame ; — j’aimerais autant procéder avec vous à cette bonne œuvre — qu’à celle que je vais accomplir en ce moment, et pourtant je n’ai jamais poursuivi — une entreprise aussi volontiers. Mon seigneur est saisi — de votre détresse jusqu’au fond de l’âme. Laissons-le réfléchir ; — je vais lui parler tout à l’heure.


TROISIÈME REINE, à Émilie.

Qh ! ma prière était — restée glacée, mais, dissoute enfin au feu de la douleur, — elle fond en larmes : ainsi le chagrin auquel l’expression manque — éclate en sanglots plus profonds.


ÉMILIE.

Restez debout, de grâce ! — Vos souffrances sont écrites sur vos joues.


TROISIÈME REINE.

Oh ! malheur ! — Vous ne pouvez pas les lire là : c’est plus loin, à travers mes larmes, — que vous pouvez les apercevoir comme des cailloux ridés — au fond d’un ruisseau transparent. Madame, madame, hélas ! — celui qui veut connaître tous les trésors de la terre — doit en connaître le centre ; celui qui veut surprendre en moi — le moindre tourment doit jeter sa ligne — dans mon cœur. Oh ! pardonnez-moi ! — le malheur extrême, qui aiguise certains esprits, — me rend folle.


ÉMILIE.

Je vous en prie, plus un mot, je vous en prie ! — Celui qui, sous la pluie, ne peut ni la sentir ni la voir — ne sait ce que c’est que d’être mouillé ni d’être sec ! Si vous étiez — l’esquisse de quelque peintre, je vous achèterais — comme