Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/240

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n’es pas encore endurci — aux crimes de ce monde ; eh bien, quittons la cité — de Thèbes et ses tentations, pour ne pas ternir davantage — le lustre de notre jeunesse ! — Ici nous trouverions autant de honte à vivre dans l’abstinence — que dans l’incontinence : car ne pas nager — dans le sens du courant, ce serait risquer de sombrer, — ou tout au moins de nous fatiguer en vains efforts ; et suivre — le torrent commun, ce serait nous élancer dans un tourbillon — avec lequel il nous faudrait tourner, sous peine de nous noyer ; et tout le prix de notre acharnement à le franchir — serait une vie épuisée.


PALÈMON.

Votre conseil — est acclamé par l’exemple. Que d’étranges ruines, — depuis le premier jour où nous sommes allés à l’école, nous voyons — marcher dans Thèbes ! Des cicatrices et des vêtements troués, — voilà le profit de l’homme de guerre ; lui qui proposait — pour but à sa hardiesse l’honneur et les lingots d’or, — il ne les obtient pas, bien qu’il les ait gagnés, et il est bafoué — par la paix, pour laquelle il a combattu ! Qui donc offrira des sacrifices — à l’autel ainsi dédaigné de Mars ? Mon cœur saigne — quand je rencontre de ces gens-là, et je souhaiterais que l’altière Junon — reprit ses anciens accès de jalousie, — pour donner de l’ouvrage au soldat (13) et pour que la paix, purgée — de sa pléthore, sentit — la charité revenir dans son cœur, aujourd’hui si dur, plus dur même — que ne pourrait l’être la discorde ou la guerre.


ARCITE.

N’êtes-vous pas au-dessous de la vérité ? — Ne rencontrez-vous pas d’autre ruine que le soldat dans — les ruelles et les méandres de Thèbes ? Vos premières paroles — donnaient à entendre que vous aviez — remarqué des détresses de plus d’une espèce : — n’en apercevez-vous aucune qui excite votre pitié, — outre celle du soldat déconsidéré ?