Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/267

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LE GEÔLIER.

Je dois — donc vous y contraindre ; et, comme vous êtes dangereux, — je vais vous surcharger de nouveaux fers.


PALÉMON.

Faites, bon gardien. — Je les secouerai si fort que vous ne dormirez pas ; — je vous ferai danser une nouvelle danse !… Faut-il que je m’en aille ?


LE GEÔLIER.

— Il n’y a pas de remède.


PALÉMON.

Adieu, bonne fenêtre ! — Puisse le vent rude ne jamais te heurter !… Oh ! ma dame, — si jamais tu as senti ce que c’est qu’un chagrin, — songe combien je souffre. Allons, qu’on m’enterre à présent.

Ils sortent.

SCÈNE II

[À travers champs.]
Entre Arcite.

ARCITE.

— Banni du royaume ! c’est un bienfait, — une grâce dont je dois les remercier… Mais banni — de la libre jouissance de la beauté pour laquelle je meurs ! — Oh ! c’est une peine raffinée, une mort — qui dépasse l’imagination ! C’est un châtiment — que, fussé-je vieux et méchant, toutes mes fautes — ne devraient pas m’attirer. Palémon, — tu as l’avantage à présent ; tu vas rester, toi, tu vas voir — chaque matin ses yeux splendides rayonner à ta fenêtre — et rapporter la vie ; tu pourras te repaître — des charmes d’une noble beauté — que la nature n’a jamais pu et ne pourra jamais dépasser. — Dieux bons ! que Palémon a de bonheur ! — Je gage vingt contre un qu’elle arrivera à lui