Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/316

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LE GALANT.

— Elle chantait beaucoup, mais sans suite ; seulement je l’ai entendu — répéter souvent : Palémon est parti.Il est allé au bois cueillir des mûres, — je le retrouverai demain.


PREMIER AMI.

Jolie âme !


LE GALANT.

Ses chaînes vont le trahir ; il sera pris, — et que ferai-je alors ? J’amènerai un essaim — de cent jeunes filles aux yeux noirs, amoureuses comme moi, — ayant sur la tête des guirlandes d’asphodèles, — les lèvres cerises et les joues roses comme les roses de Damas, — et toutes nous danserons une bacchanale devant le duc, — et nous demanderons sa grâce. Puis, elle parlait de vous ; — elle disait que vous perdriez la vie demain matin, — et qu’elle allait cueillir des fleurs pour vous ensevelir — et faire belle la maison. Puis, elle ne chantait plus — que ce refrain : Saule ! saule ! saule ! entrecoupé — sans cesse de Palémon ! beau Palémon ! — ou de Palémon était un grand jeune homme ! À la place — où elle était assise, elle avait de l’eau jusqu’au genou ; ses tresses en désordre — étaient ceintes d’une guirlande de joncs ; autour d’elle étaient attachées — mille fleurs aquatiques de diverses couleurs ; — si bien qu’elle n’avait l’air de la belle nymphe — qui fournit l’eau du lac, ou d’Iris — nouvellement tombée du ciel ! Elle faisait des anneaux — avec les roseaux qui croissaient près d’elle, et elle leur appliquait — les plus jolies devises : « Ainsi est lié notre amour fidèle, » — « Vous pouvez détacher cela, mais pas moi, » et bien d’autres ; — et alors elle pleurait, et chantait de nouveau, et soupirait, — et, au milieu de ce soupir, souriait et de sa main envoyait des baisers.


DEUXIÈME AMI.

— Hélas ! quel malheur !