Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/328

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LE GEÔLIER.

Elle est toujours dans un délire inoffensif ; elle dort peu, n’a pas le moindre appétit, mais boit souvent ; songeant à un autre monde, à un monde meilleur ; quel que soit l’objet incohérent qui l’occupe, elle le larde de ce nom : Palémon ! Elle en farcit toute chose, l’assaisonne de toute façon.

Entre la fille du geôlier.

Tenez, la voici qui vient ! Vous allez voir son état.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Je l’ai tout à fait oubliée. Le refrain est : À bas ! À bas ! L’auteur n’est ni plus ni moins que Giraldo, le précepteur d’Émilie. C’est un homme qui sera fantasque tant qu’il marchera sur ses pieds ; car dans l’autre monde Didon verra Palémon, et alors elle désaimera Énée.


LE DOCTEUR.

Qu’est-ce que cela veut dire ?… Pauvre âme !


LE GEÔLIER.

C’est comme ça tout le long du jour.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Quant au charme dont je vous ai parlé, voici : vous devez porter une pièce d’argent au bout de votre langue ; sinon, pas de bac ! Alors si vous avez la chance d’aller où sont les âmes bienheureuses, quel spectacle !… Nous autres, filles qui avons eu le cœur broyé, mis en lambeaux par l’amour, nous irons là, et tout le jour nous ne ferons que cueillir des fleurs avec Proserpine ; alors je ferai un bouquet pour Palémon ; alors, qu’il… vous comprenez… qu’il…


LE DOCTEUR.

Quelle gracieuse aberration ! Écoutons-la encore un peu.


LA FILLE DU GEÔLIER.

Ma foi, je vais vous dire ; parfois nous jouons à la courte-