Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/330

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LE DOCTEUR.

Je pense qu’elle a une perturbation d’esprit à laquelle je ne puis remédier.


LE GEÔLIER.

Hélas ! que faire alors ?


LE DOCTEUR.

Savez-vous si elle a jamais aimé quelqu’un, avant d’avoir vu Palémon ?


LE GEÔLIER, montrant le galant.

J’ai eu naguère, monsieur, la pleine espérance qu’elle avait fixé son affection sur ce gentleman, mon ami.


LE GALANT.

Je l’ai cru aussi, et je penserais faire une bonne aubaine en donnant la moitié de ma fortune pour qu’elle et moi nous fussions encore sans conteste dans les mêmes termes.


LE DOCTEUR.

C’est le trouble de ses yeux enivrés qui a troublé ses autres sens ; il peuvent se rétablir et se remettre suffisamment pour remplir leurs fonctions prédestinées ; mais ils sont maintenant dans le plus extravagant délire. Voici ce que vous devez faire : vous la confinerez en un lieu où la lumière semble se faufiler plutôt qu’être admise. Vous, jeune homme, son ami, assumez le nom de Palémon ; dites que vous êtes venu souper avec elle et faire la communion d’amour ; cela fixera son attention, car c’est la pensée dont elle a le cerveau frappé ; les autres objets qui s’interposent entre son regard et son esprit ne sont que les caprices fantasques de sa clémence. Chantez-lui de ces vertes chansons d’amour qu’elle prétend que Palémon chantait dans sa prison. Arrivez à elle, paré des fleurs les plus embaumées que possède la saison, et parfumé en outre de quelque autre odeur artificielle qui soit agréable aux sens : tout cela fera un Palémon accompli, car Palémon sait chanter, et Palémon est embaumé, et tout ce qu’il y a de bon. Demandez à souper