Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/337

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de leur ordre, moi, ta prêtresse, — je n’humilie ici devant ton autel. Oh ! daigne — abaisser sur ta vierge ce merveilleux œil vert — qui n’a jamais regardé une chose maculée ! — Oh ! sainte et argentine maîtresse, prête ton oreille, — (qui n’a jamais entendu un terme impur, où — n’a jamais pénétré un voluptueux murmure), à ma supplication — que trouble une sainte frayeur. Voici la fin — de ma fonction de vestale ; j’ai la robe nuptiale, — mais le cœur vierge. Un mari m’est destiné, — mais je ne le connais pas. De deux, j’en dois — choisir un, et prier pour son succès, mais — mes yeux ne sont complices d’aucune élection. — Tous deux sont également précieux ; j’aurais à en sacrifier un, — que je ne pourrais condamner ni l’un ni l’autre ; celui qui périrait — disparaîtrait sans jugement. Ainsi donc, ô ma pudique reine, — que celui des deux prétendants qui m’aime le mieux — et qui a le plus de titres, que celui-la — m’enlève ma couronne d’épis ; sinon, permets — que je conserve dans ta légion — mon rang et ma dignité.

Ici l’encensoir disparaît sous l’autel, et à la place s’élève un rosier portant une seule rose.

— Voyez ce que la souveraine du flux et du reflux — fait surgir par sa sainte puissance — des entrailles même de son autel sacré ! Rien qu’une rose ! — Si je suis bien inspirée, ce combat sera la ruine — de ces deux braves chevaliers, et moi, fleur vierge, — je croîtrai solitaire sur ma tige.

Ici des instruments font entendre un son aigu, et la rose tombe de l’arbre.

— La fleur est tombée ; — l’arbre descend ! Ô maîtresse, — voilà que tu me congédies ; je serai cueillie, — je le crois ; je ne connais pas ton intime volonté ; — démasque ton mystère !… J’espère qu’elle est satisfaite ; — ses signes étaient favorables.

Elles saluent et sortent.