Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/346

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PIRITHOÜS.

Voulez-vous perdre ce spectacle ?


ÉMILIE.

— J’aimerais mieux voir un roitelet fondre sur une mouche — que voir ce débat. Chaque horion qui tombe — menace une brave existence… Chaque coup gémit — sur la place où il frappe, et a le son — d’un glas plus que d’une estocade. Je resterai ici. — C’est assez que mon oreille soit torturée — par l’événement fatal auquel il m’est impossible — d’être sourde ; c’est assez que j’entende, sans souiller mes regards — du terrible spectacle qu’ils peuvent éviter.


PIRITHOÜS, à Thésée.

Sire, mon bon seigneur, — votre sœur ne veut pas aller plus loin.


THÉSÉE.

Oh ! elle le doit. — Elle verra dans leur réalité des exploits glorieux — qui feront merveille un jour, rien qu’en peinture.

À Émilie.

En présence de ce drame — que la nature elle-même va composer et jouer, la conviction — doit être scellée à la fois de la vue et de l’ouïe. Il faut que vous soyez présente. — Vous êtes la récompense du vainqueur, le prix et la couronne — destinée à sacrer le mérite triomphant.


ÉMILIE.

Excusez-moi. — Si j’étais là, je fermerais les yeux.


THÉSÉE.

Il faut que vous soyez là. — Cette épreuve a lieu, pour ainsi dire, dans la nuit, et vous êtes — le seul astre qui puisse l’éclairer.


ÉMILIE.

Je suis éteinte. — Elle ne peut être que perfide, la lumière qui les montrera — l’un à l’autre. La nuit, cette éternelle — mère de l’horreur, sur laquelle pèse la malédiction