Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/357

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aimez. Mars, notre maître, — a justifié son oracle en accordant à Arcite — les honneurs de la lutte. Ainsi les divinités — ont manifesté leur stricte justice… Emportez ce corps d’ici !


PALÉMON.

Ô cousin ! — Pourquoi faut-il que nous ayons des sympathies qui nous coûtent — le sacrifice de nos sympathies ? Pourquoi faut-il que le prix — d’une affection chère soit la perte d’une chère affection ?


THÉSÉE.

Jamais la fortune — n’a joué un jeu plus subtil. Le vaincu triomphe ; — le vainqueur est le sacrifié ; pourtant dans cet événement — les dieux ont été souverainement équitables. Palémon, — votre cousin a avoué que vous aviez tous les titres — à l’amour de cette dame ; car vous l’aviez vue le premier, et — vous aviez dès lors proclamé votre passion. Il vous l’a restituée, — comme un bijou volé, en souhaitant que votre conscience — le renvoie d’ici amnistié. Les dieux retirent — la justice de mes mains, et se font eux-mêmes — les exécuteurs… Emmenez votre dame, — et éloignez de cette scène de mort vos partisans — que j’adopte pour mes amis ! Manifestons de la tristesse — un jour ou deux, et faisons honneur — aux funérailles d’Arcite ! Puis — nous reprendrons nos visages de noces, — et nous sourirons avec Palémon. Il y a une heure, une heure à peine, — j’étais aussi affligé pour Palémon — que joyeux pour Arcite ; et maintenant je suis aussi joyeux pour Palémon — qu’afflige pour Arcite. Ô célestes charmeurs, — que faites-vous de nous ? Après un échec, — nous nous prenons à rire ; après un succès, à pleurer ; et toujours — nous sommes des enfants de façon ou d’autre. Soyons reconnaissants — de ce qui est, et abandonnons à votre arbitrage — ce qui est au-dessus de nos discussions ! Partons, — et conformons-nous aux circonstances.

Fanfare. Ils sortent.