Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/366

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céda son départ pour Athènes. Mais je dois pour le moment laisser tout cela de côté. J’ai, Dieu le sait, un champ assez vaste a défricher pour des bœufs aussi faibles que ceux de ma charrue. Le reste de mon histoire est suffisamment long.

Quand ce duc, dont j’ai fait mention, fut presque arrivé à la ville, dans toute sa pompe et dans le plus grand faste, il aperçut, en détournant les yeux, agenouillées sur le grand chemin, et échelonnées deux par deux, une compagnie de dames, toutes de noir habillées ; elles proféraient de tels cris, de tels gémissements, que jamais créature vivante n’entendit lamentations pareilles. Et elles ne cessèrent de crier que quand elles eurent saisi les rênes de son cheval.

— Quelles gens êtes-vous donc, dit Thésée, vous qui, quand je reviens dans ma patrie, troublez ainsi ma fête par vos clameurs ? Ma gloire vous inspire-t-elle une telle envie, que vous en jetez les hauts cris ? Ou bien, qui vous a lésées ? qui vous a offensées ? Dites-moi si le mal est réparable et pourquoi vous êtes ainsi toutes vêtues de noir.

La plus vieille dame essaya alors de parler, mais elle s’évanouit et fut prise d’une pâleur mortelle qui faisait mal à voir ; enfin elle murmura : — Seigneur, à qui la fortune a assuré la victoire, comme au conquérant de l’avenir, nous ne sommes nullement affligées de votre gloire et de votre honneur ; mais nous implorons de vous merci et secours. Ayez pitié de notre malheur et de notre détresse. Que votre gentillesse fasse tomber quelques larmes de pitié sur nous, pauvres femmes. Car certes, seigneur, il n’y a pas une d’entre nous qui n’ait été ou duchesse ou reine ! Maintenant nous ne sommes, on le voit bien, que des misérables, grâce à la fortune et à sa roue perfide qui rend toutes les situations précaires. Et aussi, seigneur, c’est pour attendre votre venue qu’ici, dans le temple de la déesse Clémence, nous sommes restées depuis quinze jours. Main-