Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/372

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

épouse. D’ailleurs, il n’est pas probable que, ni toi, ni moi, nous obtenions jamais les faveurs de cette dame ; car, tu le sais bien toi-même, nous sommes, toi et moi, condamnés à une prison perpétuelle, sans qu’aucune rançon puisse nous racheter. Nous luttons, comme ces limiers qui se querellaient pour un os : ils combattirent tout le jour, sans qu’aucun d’eux l’obtînt ; tandis qu’ils étaient ainsi acharnés, survint un milan qui emporta l’os entre les deux rivaux. Donc, à la cour, mon cher frère, chacun pour soi, voilà la règle. Aime à ta guise ; moi, j’aime, et je prétends aimer : voilà mon dernier mot. Nous devons rester ici, dans cette prison, et chacun de nous doit accepter sa destinée.

La dispute fut vive et longue entre les cousins, je n’y insisterai pas. Venons au fait. Un jour, — pour résumer l’histoire autant que possible, — un noble duc nommé Pirithoüs, qui était compagnon du duc Thésée depuis son enfance, vint à Athènes pour voir son ami et prendre part aux jeux, selon son habitude… Ce duc Pirithoüs aimait fort Arcite qu’il avait connu à Thèbes depuis maintes années. Et finalement, à la requête et à la prière de Pirithoüs, le duc Thésée mit Arcite en liberté, sans rançon aucune, en l’autorisant à aller où il voudrait, sous certaines réserves que je vais dire. Il fut convenu entre Thésée et Arcite que, si jamais, de nuit ou de jour, Arcite était surpris dans les domaines de Thésée et appréhendé, il aurait la tête tranchée, sans autre forme de procès. Il n’avait qu’à faire ses adieux et à retourner chez lui au plus vite. Sans cela, gare à son cou !

Quelle douleur éprouve maintenant Arcite ! C’est un coup de mort qui a frappé son cœur ; il pleure, il se lamente, il sanglote pitoyablement : — Malheureux, s’écrie-t-il, le jour où je suis né ! Maintenant ma captivité est bien pire qu’auparavant ; désormais je suis réduit à vivre éter-