Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/379

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« Seigneur, ayez pitié, nous toutes, pauvres femmes, nous vous en conjurons ! » Et sur leurs genoux nus elles se prosternèrent pour baiser les pieds du duc, quand enfin son humeur se radoucit. Car la pitié règne vite sur un noble cœur, et, bien que Thésée eût tout d’abord frémi de colère, il avait bientôt réfléchi à la nature et la cause de la faute commise par les deux jeunes gens ; et, quoique son courroux les eût déclarés coupables, sa raison finit par les excuser tous deux.

— Je vous pardonne cette faute, dit-il, à la requête de la reine que voici agenouillée, et d’Émilie, ma chère sœur. Mais tous deux vous allez me jurer que vous respecterez à jamais mon cher pays, et que jamais, ni nuit ni jour, vous ne me ferez la guerre, mais que vous serez mes amis en toute occasion. À cette condition, je vous pardonne complètement votre faute.

Et les jeunes gens jurèrent avec empressement ce que demandait le duc, et ils invoquèrent sa seigneuriale merci, et le duc leur fit grâce, en disant ceci :

— À ne considérer que l’éclat de la naissance et de la richesse, chacun de vous est digne sans doute d’épouser la plus grande dame, fût-elle princesse ou reine ; mais pourtant (je parle ici au nom de ma sœur Émilie pour laquelle vous avez cette querelle et cette jalousie), vous reconnaissez bien vous-mêmes qu’elle ne peut vous épouser tous deux ; vous aurez beau prolonger cette dispute, il faut qu’un de vous, bon gré, mal gré, se résigne au rôle d’amoureux transi. Bref, elle ne peut vous posséder tous deux, si jaloux et si furieux que vous en soyez. Voici donc ma décision sans réplique : chacun de vous s’en ira où il voudra, librement, sans rançon ni danger ; et dans cinquante semaines à partir de ce jour, chacun de vous amènera cent chevaliers, armés de toutes pièces pour combattre dans la lice. Et tel est l’arrêt irrévocable que je vous signifie sur ma foi de