Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/382

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à l’aise et leur faire honneur. Dans la nuit du dimanche, avant le point du jour, au premier chant de l’alouette, Palémon, plein d’une sainte ferveur et d’un haut courage, se leva pour aller en pèlerinage vers la bienheureuse Cithérée, je veux dire l’honorable et digne Vénus ; il se dirigea vers la lice où était son temple, et il s’agenouilla, et, avec une humble contenance et un cœur contrit, il s’adressa à elle en ces termes :

— Ô toi, la plus belle des belles, ô ma dame Vénus, fille de Jupiter et épouse de Vulcain, toi qui charmes le mont Cithéron, au nom de l’amour que tu as eu pour Adonis, aie pitié de mes larmes amères et cuisantes, et prends à cœur mon humble prière. Hélas ! la parole me manque pour exprimer mes sentiments, pour peindre les tourments de mon enfer. Mon cœur ne saurait révéler mes souffrances, et je suis si troublé que je ne sais que dire. Mais aie pitié, dame radieuse, qui connais si bien ma pensée, et vois les maux que je ressens ; considère tout cela, prends en compassion ma douleur, et je m’engage pour toujours à être ton serviteur fidèle et à être l’ennemi de la stérile chasteté. Viens à mon aide, que je puisse tenir ma parole. Je ne me soucie pas de la gloire des armes, je ne demande pas à avoir demain la victoire, je ne recherche en cette circonstance ni la renommée ni la vaine gloire du triomphe ; ce que je veux, c’est avoir pleine possession d’Émilie, et mourir à son service. Exauce mon vœu comme tu voudras. Peu m’importe que la victoire soit à eux ou à moi, pourvu que j’aie ma dame dans mes bras. Mars a beau être le dieu des armées ; ta puissance est si grande au ciel que, si tu le veux, j’obtiendrai celle que j’aime. En reconnaissance, je vénérerai à jamais ton temple, et toujours, à cheval ou à pied, je me rendrai à ton autel pour y offrir un sacrifice et y allumer le feu sacré. Et, si vous ne voulez pas qu’il en soit ainsi, ma dame chérie, faites en sorte, je vous prie,