Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/61

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avec tes bâtards. Je ne rabattrai rien de mes goûts. Ô minuit ! je t’aime toujours, et je mènerai encore vie joyeuse avec toi !

— Soit.

— Dépêchez-vous. Faute d’une misérable limaille, serai-je réduit, comme un gueux, à ne mettre dans mes poches que mes mains nues, pour les encombrer de mes ongles ? Faîtes vite… Je n’ai pas été fait pour être le maquereau des cartes ; je veux moi-même étreindre ces gourgandines et les forcer à me céder. Dépêchez-vous, vous dis-je !

La femme, atterrée, obéit et sort pour aller chercher ses bijoux et sa dot. Mais, au moment d’accomplir ce dernier sacrifice, elle songe à ses enfants et se ravise ; une idée lui vient : si elle demandait à la cour un emploi pour son mari ? Vite elle fait la démarche, obtient la charge par l’entremise de son oncle, et revient joyeuse avec cette bonne nouvelle. Mais cet expédient exaspère le mari, loin de le satisfaire. Le joueur n’a plus qu’une idée fixe : jouer. « Va-t-il, lui qui s’est voué au plaisir, être désormais astreint à un service, à se courber et à faire le pied de grue comme un vieux courtisan, chapeau bas ! Lui qui n’a jamais pu s’habituer à se découvrir à l’église ! » Fi donc ! Ce que veut cet homme, c’est de l’argent. La bourse ou la vie !

— De l’argent ! prostituée ! de l’argent ! ou je…

Et, frénétique, il lève le couteau sur sa femme. À ce moment, un domestique entre et annonce une visite : « c’est quelqu’un de l’Université qui attend en bas. » Aussitôt le joueur songe à son jeune frère. l’étudiant, qui souscrit des billets pour lui : « De l’Université ! l’Université ! ce long mot me pénètre tout entier. » Et il descend pour recevoir le visiteur. Il apprend alors que son frère, ne pouvant payer les billets souscrits, a été arrêté et jeté en prison. Que va-t-il faire pour libérer le cher prisonnier ? Le joueur demande réfléchir, et invite le messager à faire un tour dans le jar-