Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/63

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— Mon mendiant aîné, je ne veux pas que tu vives pour demander du pain à un usurier, pour geindre à la porte d’un grand seigneur, ou pour suivre un carrosse en criant : Votre Excellence est si bonne ! Non ! ni toi, ni ton frère ! il y a charité à vous faire sauter la cervelle !

Ce disant, il poignarde l’enfant et monte avec le corps sanglant dans la chambre conjugale ; là, il trouve son second fils dans les bras d’une servante et le lui enlève de vive force en la précipitant du haut en bas de l’escalier. La mère s’éveille au bruit et ressaisit l’enfant : « Droit au cœur ! » s’écrie le forcené, et il cloue le bébé sur le sein qui l’a nourri. La malheureuse femme tombe blessée en étreignant un cadavre. Un domestique survient et essaie d’arrêter le meurtrier. Vains efforts ! L’assassin terrasse son agresseur, s’élance hors de la maison, saute sur un cheval, et se dirige à bride abattue vers la ville voisine pour y tuer son dernier enfant qui a été confié là aux soins d’une nourrice. Mais heureusement la bête s’abat ; il tombe et reste à terre affreusement meurtri. La foule accourt et s’empare de lui. Il est garrotté, mené devant le magistrat, jugé et condamné. — On le conduit au lieu d’exécution en le faisant passer devant sa maison. Sa femme apparaît alors, portée dans une chaise, et lui jette, avec des sanglots dans la voix, l’adieu le plus touchant. Elle ne récrimine pas, elle pardonne ; elle ne maudit pas, elle bénit ; et la miséricorde de l’épouse produit le repentir de l’époux. Le condamné ne sera pas damné. Il pleure, et le ciel se reflète dans cette larme qui tombe :

— Tiens ! voilà que le démon s’enfuit de moi, il s’échappe par tous mes membres, il soulève mes ongles ! Oh ! attrapez-le, tortures inconnues ! Enchaînez-le de mille liens, anges bienheureux, dans l’insondable abîme ! qu’il n’en sorte plus jamais pour faire jouer aux hommes de monstrueuses tragédies, pour s’emparer d’un père et faire de ce