Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/92

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Bruit de tambours et de trompettes. Entrent deux des fils survivants de Titus ; derrière eux, des hommes portant un cercueil tendu de noir ; puis les deux derniers fils de Titus. Derrière eux, Titus Andronicus ; puis Tamora, reine des Goths, et ses trois fils, Alarbus, Chiron et Démétrius, suivis d’Aaron le More et d’une multitude aussi nombreuse que possible. On met à terre le cercueil, et Titus parle.

TITUS.

— Salut, Rome, victorieuse dans tes vêtements de deuil ! — Ainsi que la barque, qui a porté au loin sa cargaison, — retourne avec une précieuse charge à la baie — d’où elle a naguère levé l’ancre, — ainsi Andronicus, couronné de lauriers, revient — pour saluer sa patrie avec ses larmes, — larmes de vraie joie que lui fait verser son retour à Rome… — Ô toi, grand défenseur de ce Capitole, — préside gracieusement à la cérémonie qui nous occupe ! — Romains, de vingt-cinq vaillants fils, — la moitié du nombre qu’avait le roi Priam, — voyez les pauvres restes, vivants et morts ! — À ceux qui survivent, que Rome accorde en récompense son amour ; — à ceux que je conduis à leur dernière demeure, — la sépulture au milieu de leurs ancêtres ! — Ici les Goths m’ont permis de rengainer mon épée. — Titus, cruel, indifférent aux tiens, — pourquoi souffres-tu que tes fils, non ensevelis encore, — errent sur la redoutable rive du Styx ?

On ouvre le tombeau des Andronicus.

— Recevez là l’accueil silencieux auquel sont habitués les morts, — et dormez en paix, victimes des guerres de votre patrie ! — Ô réceptacle sacré de mes joies, — sanctuaire auguste de la vertu et de la noblesse, — combien de mes fils as-tu accaparés, — que tu ne me rendras plus !


LUCIUS.

— Donnez-nous le plus fier des prisonniers goths, — que nous hachions ses membres, et que, sur un bûcher,