Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/93

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— nous les offrions en sacrifice ad manes fratrum, — devant cette prison terrestre de leurs ossements ; — en sorte que les ombres de nos frères soient apaisées, — et que nous ne soyons pas obsédés sur terre de prodigieuses apparitions !


TITUS.

— Je vous donne celui-ci, le plus noble de ceux qui survivent, — le fils aîné de cette reine en détresse.


TAMORA.

— Arrêtez, frères romains… Gracieux conquérant, — victorieux Titus, aie pitié des larmes que je verse, — larmes d’une mère passionnée pour son fils ; — et, si jamais tes fils te furent chers, — oh ! songe que mon fils m’est également cher. — Ne suffit-il pas que nous soyons amenés à Rome, — pour embellir ton triomphal retour, — asservis à toi et au joug romain ? — Faut-il encore que mes fils soient égorgés dans les rues — pour avoir vaillamment défendu la cause de leur pays ? — Oh ! si c’est piété chez toi de combattre — pour le prince et pour la patrie, c’est piété aussi chez eux. — Andronicus, ne souille pas ta tombe de sang. — Veux-tu te rapprocher de la nature des dieux ? — Eh bien, tu te rapprocheras d’eux en étant clément. — La douce merci est le véritable insigne de la noblesse. — Trois fois noble Titus, épargne mon premier-né.


TITUS.

— Contenez-vous, Madame, et pardonnez-moi. — Voici les frères vivants de ceux que vous, les Goths, vous avez vus — mourir ; pour leurs frères égorgés — ils demandent religieusement un sacrifice. — Votre fils est marqué pour cet holocauste ; et il faut qu’il meure, — pour apaiser les ombres gémissantes de ceux qui ne sont plus.


LUCIUS.

— Qu’on l’emmène et qu’on fasse vite un feu ; — puis de nos épées, sur le bûcher même, — coupons ses mem-