Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/96

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les héros de cette pompe funèbre — qui ont atteint au bonheur de Solon (3), — et triomphé du hasard dans le lit de l’honneur. — Titus Andronicus, le peuple romain, — dont tu as toujours été le loyal défenseur, — t’envoie par moi, son tribun et son mandataire, — ce pallium d’une blancheur sans tache, — et t’admet à l’élection pour l’empire, — concurremment avec les fils ici présents de l’empereur défunt. — Sois donc candidatus ; mets ce manteau, — et aide à donner une tête à Rome décapitée.


TITUS.

— À ce glorieux corps il faut une meilleure tête — que celle qui tremble de vieillesse et de débilité. — Quoi ! je revêtirais cette robe pour vous importuner ! — Je me laisserais proclamer aujourd’hui, — et demain je céderais le pouvoir, j’abdiquerais la vie, — et je vous créerais à tous une nouvelle besogne ! — Rome, j’ai été ton soldat quarante ans ; — j’ai enterré vingt et un fils, — tous armés chevaliers sur le champ de bataille, tous tués vaillamment, les armes à la main, — pour la cause et le service de leur noble patrie. — Qu’on me donne un bâton d’honneur pour ma vieillesse, — mais non un sceptre pour gouverner le monde ! — Il l’a bien porté, seigneurs, celui qui l’a porté le dernier.


MARCUS.

— Titus, tu obtiendras l’empire en le demandant.


SATURNINUS.

— Fier et ambitieux tribun, peux-tu dire ?…


TITUS.

— Patience, prince Saturninus !


SATURNINUS.

Romains, faites-moi justice. — Patriciens, tirez vos épées, et ne les rengainez pas — que Saturninus ne soit empereur de Rome. — Andronicus, mieux vaudrait pour toi être embarqué pour l’enfer — que me voler les cœurs des peuples.