Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/317

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le sujet était trop délicat pour être mis sur la scène sans voile ; il était trop récent, et touchait la reine de trop près pour que le poëte pût hasarder des allusions autrement que dans la forme d’un compliment. La déraisonnable jalousie de Léontes, et sa violence, retracent le caractère d’Henri VIII, qui, en général, fit servir la loi d’instrument à ses passions impétueuses. Non-seulement le plan général de la pièce, mais plusieurs passages sont tellement marqués de cette intention, qu’ils sont plus près de l’histoire que de la fiction. Hermione accusée dit :

…. For honour,

’Tis a derivative from me to mine.

And it only that I stand for.

« Quant à l’honneur, il doit passer de moi à mes enfants, et c’est lui seul que je veux défendre. »

Ces mots semblent pris de la lettre d’Anne Boleyn au roi avant son exécution. Mamilius, le jeune prince, personnage inutile, qui meurt dans l’enfance, ne fait que confirmer l’opinion, la reine Anne ayant mis au monde un enfant mort avant Élisabeth. Mais le passage le plus frappant en ce qu’il n’aurait aucun rapport à la tragédie, si elle n’était destinée à peindre Élisabeth, c’est celui où Pauline décrivant les traits de la princesse qu’Hermione vient de mettre au monde, dit en parlant de sa ressemblance avec son père :

She has the very trick of his frown.

« Elle a jusqu’au froncement de son sourcil. »

Il y a une objection qui embarrasse Walpole, c’est une phrase si directement applicable à Élisabeth et à son père, qu’il n’est guère possible qu’un poëte ait osé la risquer. Pauline dit encore au roi :

’Tis yours

And might we lay the old proverb to your charge

So like you ’tis worse.

« C’est votre enfant, et il vous ressemble tant que nous pourrions vous appliquer en reproche le vieux proverbe, il vous ressemble tant que c’est tant pis. »

Walpole prétend que cette phrase n’aurait été insérée qu’après la mort d’Élisabeth.

On a plusieurs fois voulu soumettre à un plan plus régulier la pièce du Conte d’hiver, nous ne citerons que l’essai de Garrick, qui n’en conserva que la partie tragique, et la réduisit en trois actes.

Selon Malone, Shakspeare aurait composé cette pièce en 1604.