Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/320

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ARCHIDAMUS.—Et sans cela ils seraient donc bien aises de mourir ?

CAMILLO.—Oui, s’ils n’avaient pas quelque autre motif pour excuser leur désir de vivre.

ARCHIDAMUS.—Si le roi n’avait pas de fils, ils désireraient vivre sur leurs béquilles jusqu’à ce qu’il en eût un.

(Ils sortent.)


Scène II

Une salle d’honneur dans le palais.

LÉONTES, HERMIONE, MAMILIUS, POLIXÈNE, CAMILLO, et suite.

POLIXÈNE.—Déjà le berger a vu changer neuf fois l’astre humide des nuits, depuis que nous avons laissé notre trône vide ; et j’épuiserais, mon frère, encore autant de temps à vous faire mes remerciements, que je n’en partirais pas moins chargé d’une dette éternelle. Ainsi, comme un chiffre placé toujours dans un bon rang, je multiplie, avec un merci, bien d’autres milliers qui le précèdent.

LÉONTES.—Différez encore quelque temps vos remerciements : vous vous acquitterez en partant.

POLIXÈNE.—Seigneur, c’est demain : je suis tourmenté par les craintes de ce qui peut arriver ou se préparer pendant notre absence. Veuillent les dieux que nuls vents malfaisants ne soufflent sur mes États, et ne me fassent dire : mes inquiétudes n’étaient que trop fondées ! et d’ailleurs je suis resté assez longtemps pour fatiguer Votre Majesté.

LÉONTES.—Mon frère, nous sommes trop solide pour que vous puissiez venir à bout de nous.

POLIXÈNE.—Point de plus long séjour.

LÉONTES.—Encore une huitaine.

POLIXÈNE.—Très-décidément, demain.

LÉONTES.—Nous partagerons donc le temps entre nous ; et, en cela, je ne veux pas être contredit.

POLIXÈNE.—Ne me pressez pas ainsi, je vous en conjure.