Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/332

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ruine est inévitable. Étoiles bienfaisantes, luisez à présent sur moi ! Voici le roi de Bohême.

(Entre Polixène.)

POLIXÈNE.—Cela est étrange ! Il me semble que ma faveur commence à baisser ici ! Ne pas me parler ! —Bonjour, Camillo.

CAMILLO.—Salut, noble roi.

POLIXÈNE.—Quelles nouvelles à la cour ?

CAMILLO.—Rien d’extraordinaire, seigneur.

POLIXÈNE.—A l’air qu’a le roi, on dirait qu’il a perdu une province, quelque pays qu’il chérissait comme lui-même. Je viens dans le moment même de l’aborder avec les compliments accoutumés ; lui, détournant ses yeux du côté opposé, et donnant à sa lèvre abaissée le mouvement du mépris, s’éloigne rapidement de moi, me laissant à mes réflexions sur ce qui a pu changer ainsi ses manières.

CAMILLO.—Je n’ose pas le savoir, seigneur…

POLIXÈNE.—Comment, vous n’osez pas le savoir ! vous n’osez pas ? Vous le savez, et vous n’osez pas le savoir pour moi ? C’est là ce que vous voulez dire ; car pour vous, ce que vous savez, il faut bien que vous le sachiez, et vous ne pouvez pas dire que vous n’osez pas le savoir. Cher Camillo, votre visage altéré est pour moi un miroir où je lis aussi le changement du mien ; car il faut bien que j’aie quelque part à cette altération en trouvant ma position changée en même temps.

CAMILLO.—Il y a un mal qui met le désordre chez quelques-uns de nous, mais je ne puis nommer ce mal, et c’est de vous qu’il a été gagné, de vous qui pourtant vous portez fort bien.

POLIXÈNE.—Comment ! gagné de moi ? N’allez pas me prêter le regard du basilic : j’ai envisagé des milliers d’hommes qui n’ont fait que prospérer par mon coup d’œil, mais je n’ai donné la mort à aucun. Camillo… comme il est certain que vous êtes un gentilhomme plein de science et d’expérience, ce qui orne autant notre noblesse que peuvent le faire les noms illustres de nos aïeux, qui nous ont transmis la noblesse par héritage, je vous conjure,