Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/37

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34 MESURE POUR MESURE.

fais comme la charogne plutôt que comme la fleur, et me corromps sous la vertueuse influence de la saison. Se peut-il que la modestie soit plus dangereuse a nos sens que la femme légère ? Tandis que nous n’avons que trop de terrain perdu , irons-nous raser le sanctuaire pour y établir nos vices ? Oh ! fi ! fi donc ! Que fais-tu, ou qui es-tu, Angelo ? Veux-tu la convoiter criminellement pour ces mêmes avantages qui la rendent vertueuse ? Ah ! que son frère vive ! Les voleurs sont autorisés au brigandage, lorsque leurs juges eux-mêmes volent. Quoi ! est-ce que je l’aime parce que je désire l’entendre parler encore, et me repaitre de la vue de ses yeux ? À quoi rêvais-je donc ? O ennemi rusé qui, pour attraper un saint, amorce ton hameçon avec des saints ! La plus dangereuse des tentations est celle qui nous pousse au crime par les attraits de la vertu : jamais la prostituée avec ses deux forces réunies, l’art et la nature, n’a pu emouvoir une fois mes sens ; mais cette fille vertueuse me subjugue tout entier. Jusqu'à ce moment, quand je voyais les autres aimer, je souriais, et et m'étonnais de leur folie.

(ll sort.)

SCÈNE 111

Une prison.

LE DUC en habit de t~¢z«’gt’m, LE PRÉVOT. 7

LE nuc.-Salut, prevôt, car je crois que c est ce que vous êtes.

LE PREVÔT.-Oui, je suis le prévôt 1 que désirez-vous, bon religieux ?

LE uno.-Contraint par ma charité, et par mon saint ordre, je viens visiter les ames allégées renfermées dans cette prison : accordez-moi le droit ordinaire de me les laisser voir, et de m’informer de la nature de leurs crimes, afin que je puisse leur administrer en COIISÉF quence mes secours spirituels.

LE rREvö’r.-J e ferais davantage s’il en était besoin. (Entre Juliette.)