Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/373

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


vieille femme vivait, elle était, dans un jour comme celui-ci, le panetiers, l’échanson, le cuisinier, la maîtresse et la servante tout ensemble ; elle accueillait tout le monde, chantait sa chanson et dansait à son tour : tantôt ici au haut bout de la table, et tantôt au milieu ; sur l’épaule de celui-ci, sur l’épaule de celui-là ; le visage en feu de fatigue ; et la liqueur qu’elle prenait pour éteindre ses feux, elle en buvait un coup à la santé de chacun. Et vous, vous êtes à l’écart comme si vous étiez un de ceux qu’on fête, et non pas l’hôtesse de l’assemblée. Je vous en prie, souhaitez la bienvenue à ces amis qui nous sont inconnus : c’est le moyen de nous rendre plus amis et d’augmenter notre connaissance. Allons, qu’on m’efface ces rougeurs, et présentez-vous pour ce que vous êtes, pour la maîtresse de la fête ; allons, et faites-leur vos remerciements de venir à votre fête de la tonte, si vous voulez que votre beau troupeau prospère.

PERDITA, à Polixène et Camillo.—Monsieur, soyez le bienvenu : c’est la volonté de mon père que je me charge de faire les honneurs de cette fête. (A Camillo.) Vous êtes le bienvenu, monsieur. (A Dorcas.) Donne-moi les fleurs que tu as là.—Respectable seigneur, voilà du romarin et de la rue pour vous : ces fleurs conservent leur aspect et leur odeur pendant tout l’hiver ; que la grâce et le souvenir[1] soient votre partage ; soyez les bienvenus à notre fête.

POLIXÈNE.—Bergère, et vous êtes une charmante bergère, vous avez bien raison de nous présenter, à nos âges, des fleurs d’hiver.

PERDITA.—Monsieur, l’année commence à être ancienne.—A cette époque, où l’été n’est pas encore expiré, où l’hiver transi n’est pas né non plus, les plus belles fleurs de la saison sont nos œillets et les giroflées rayées, que quelques-uns nomment les bâtardes de la nature ; mais, pour cette dernière espèce, il n’en croît point dans

  1. La rue était appelée l’herbe de grâce, et le romarin l’herbe du souvenir. On portait du romarin aux funérailles. On croyait jadis que cette plante fortifiait la mémoire.