Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/376

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de le craindre, que je songe peu moi-même à vous en donner des motifs.—Mais allons, notre danse, je vous prie. Votre main, ma Perdita ; ainsi s’unit un couple de tourterelles, résolues de ne jamais se séparer.

PERDITA.—Je le jure pour elles.

POLIXÈNE.—Voilà la plus jolie petite paysanne qui ait foulé le vert gazon : elle ne fait pas un geste, elle n’a pas un maintien qui ne respire quelque chose de plus relevé que sa condition : elle est trop noble pour ce lieu.

CAMILLO.—Il lui dit quelque chose qui lui fait monter la rougeur sur les joues : en vérité, c’est la reine du lait et de la crème.

LE FILS DU BERGER.—Allons, la musique, jouez.

DORCAS, à part.—Mopsa doit être votre maîtresse : et un peu d’ail, pour préservatif contre ses baisers.

MOPSA.—Allons en mesure.

LE FILS DU BERGER.—Pas un mot, pas un mot : il s’agit aujourd’hui d’avoir de bonnes manières.—Allons, jouez.

(On exécute ici une danse de bergers et de bergères.)

POLIXÈNE.—Bon berger, dites-moi, je vous prie, quel est ce jeune paysan qui danse avec votre fille ?

LE BERGER.—On l’appelle Doriclès, et il se vante de posséder de riches pâturages ; je ne le tiens que de lui, mais je le crois : il a l’air de la vérité. Il dit qu’il aime ma fille : je le crois aussi, car jamais la lune ne s’est mirée dans les eaux aussi longtemps qu’on le voit debout, et lisant, pour ainsi dire, dans les yeux de ma fille ; et à parler franchement, je crois qu’à un demi-baiser près on ne saurait choisir lequel des deux aime le mieux l’autre.

POLIXÈNE.—Elle danse avec grâce.

LE BERGER.—Elle fait de même tout ce qu’elle fait, quoique je le dise, moi, qui devrais le taire. Si le jeune Doriclès se décidait pour elle, elle lui apporterait ce à quoi il ne songe guère.

LE VALET, au fils du berger.—Ah ! maître, si vous aviez entendu le colporteur à la porte, vous ne voudriez plus danser au son du tambourin ni du chalumeau : non, la cornemuse ne vous ferait plus d’impression. Il chante