Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/401

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LE GENTILHOMME.—Quelqu’un qui se donne pour le prince Florizel, fils de Polixène, vient avec sa princesse, la plus belle personne que j’aie jamais vue, demander à être introduit auprès de Votre Majesté.

LÉONTES.—Quelle affaire avons-nous avec lui ? Il ne vient point dans un appareil digne de la grandeur de son père ; son arrivée, si soudaine et si imprévue, nous dit assez que ce n’est point une visite volontaire, mais une entrevue forcée par quelque besoin ou quelque accident. Quelle suite a-t-il ?

LE GENTILHOMME.—Peu de suite, et ceux qui la composent ont pauvre mine.

LÉONTES.—Sa princesse, dites-vous, est avec lui ?

LE GENTILHOMME.—Oui, la plus incomparable beauté terrestre, je crois, que jamais le soleil ait éclairée de sa lumière.

PAULINE.—O Hermione ! comme le siècle présent se vante toujours au-dessus du siècle passé, qui valait mieux, de même, la tombe cède le pas aux objets que l’on voit à présent. Vous-même, monsieur, vous avez dit, et vous l’avez écrit aussi (mais maintenant vos écrits sont plus glacés que celle qui en était le sujet), qu’elle n’avait jamais été, et que jamais elle ne serait égalée. Vos vers, qui suivaient autrefois sa beauté, ont étrangement reculé, pour que vous disiez à présent que vous en avez vu une plus accomplie.

LE GENTILHOMME.—Pardon, madame ; j’ai presque oublié l’une : daignez me pardonner ; et l’autre, quand une fois elle aura obtenu vos regards, obtiendra aussi votre voix. C’est une si belle créature que, si elle voulait fonder une secte, elle pourrait éteindre le zèle de toutes les autres sectes, et faire des prosélytes de tous ceux à qui elle dirait de la suivre.

PAULINE.—Comment ! pas des femmes ?

LE GENTILHOMME.—Les femmes l’aimeront, parce qu’elle est une femme qui vaut plus qu’aucun homme ; les hommes l’aimeront, parce qu’elle est la plus rare de toutes les femmes !

LÉONTES.—Allez, Cléomène ; et vous-même, accompagné