Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/402

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de vos illustres amis, amenez-les recevoir nos embrassements. (Cléomène sort avec les seigneurs et le gentilhomme.) Toujours est-il étrange qu’il vienne ainsi se glisser dans notre cour.

PAULINE.—Si notre jeune prince (la perle des enfants) avait vécu jusqu’à cette heure, il aurait bien figuré à côté de ce seigneur : il n’y avait pas un mois d’intervalle entre leurs naissances.

LÉONTES.—Je vous prie, taisez-vous : vous savez qu’il meurt pour moi de nouveau quand on m’en parle. Lorsque je verrai ce jeune homme, vos discours, Pauline, pourraient me conduire à des réflexions capables de me priver de ma raison.—Je les vois qui s’avancent.

(Entrent Florizel, Perdita, Cléomène et autres seigneurs.)

LÉONTES, à Florizel.—Prince, votre mère fut bien fidèle au mariage, car, au moment où elle vous conçut, elle reçut l’empreinte de votre illustre père. Si je n’avais que vingt et un ans, les traits de votre père sont si bien gravés en vous, vous avez si bien son air, que je vous appellerais mon frère, comme lui, et je vous parlerais de quelques étourderies de jeunesse que nous fîmes ensemble. Vous êtes le bienvenu, ainsi que votre belle princesse, une déesse. Hélas ! j’ai perdu un couple d’enfants qui auraient pu se tenir ainsi entre le ciel et la terre, et exciter l’admiration comme vous le faites, couple gracieux. Et ce fut alors que je perdis (le tout par ma folie) la société et l’amitié de votre vertueux père, que je désire voir encore une fois dans ma vie, quoiqu’elle soit maintenant accablée de malheurs.

FLORIZEL.—Seigneur, c’est par son ordre que j’ai abordé ici en Sicile, et je suis chargé de sa part de vous présenter tous les vœux qu’un roi et un ami peut envoyer à son frère, et si une infirmité, qui attaque les forces usées n’avait fait tort à la vigueur qu’il désirait, il aurait lui-même traversé l’étendue de terres et de mers qui sépare votre trône et le sien, pour vous revoir, vous qu’il aime (il m’a ordonné de vous le dire) plus que tous les sceptres et plus que tous ceux qui les portent en ce moment.

LÉONTES.—Ah ! mon frère, digne prince, les outrages