Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/403

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que je t’ai faits se réveillent en moi, et tes soins, d’une générosité si rare, accusent ma négligence tardive ! —Soyez le bienvenu ici, comme le printemps l’est sur la terre. Et a-t-il donc aussi exposé cette merveille de la beauté aux cruels ou tout au moins aux rudes traitements du terrible Neptune, pour venir saluer un homme qui ne vaut pas ses fatigues, bien moins encore les hasards auxquels elle expose sa personne ?

FLORIZEL.—Mon cher prince, elle vient de la Libye.

LÉONTES.—Où le belliqueux Smalus, ce prince si noble et si illustre, est craint et chéri ?

FLORIZEL.—Oui, seigneur, de là ; et c’est la fille de ce prince dont les larmes ont bien prouvé qu’il était son père au moment où il s’est séparé d’elle ; c’est de là que, secondés par un officieux vent du midi, nous avons fait ce trajet pour exécuter la commission que m’avait donnée mon père, de visiter Votre Majesté. J’ai congédié sur vos rivages de Sicile la plus brillante portion de ma suite : ils vont en Bohême, pour annoncer mon succès dans la Libye, et mon arrivée et celle de ma femme dans cette cour où nous sommes.

LÉONTES.—Que les dieux propices purifient de toute contagion notre atmosphère, tandis que vous séjournerez dans notre climat ! Vous avez un respectable père, un prince aimable ; et moi, toute sacrée qu’est son auguste personne, j’ai commis un péché dont le ciel irrité m’a puni, en me laissant sans postérité : votre père jouit du bonheur qu’il a mérité du ciel, possédant en vous un fils digne de ses vertus. Qu’aurais-je pu être, moi qui aurais pu voir maintenant mon fils et ma fille aussi beaux que vous ?

(Entre un seigneur.)

LE SEIGNEUR.—Noble seigneur, ce que je vais annoncer ne mériterait aucune foi, si les preuves n’étaient pas si près. Apprenez, seigneur, que le roi de Bohême m’envoie vous saluer et vous prier d’arrêter son fils, qui, abandonnant sa dignité et ses devoirs, a fui loin de son père et de ses hautes destinées, pour s’évader avec la fille d’un berger.