Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1864, tome 1.djvu/426

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de nos cerveaux, on les verrait voler en même temps à l’est, à l’ouest, au nord et au sud. En partant du même centre, ils arriveraient en ligne droite à tous les points de la circonférence.

second citoyen.—Vous le croyez ? Quelle route prendrait mon esprit, à votre avis ?

troisième citoyen.—Oh ! votre esprit ne délogerait pas aussi promptement qu’un autre, tant il est enfoncé dans votre tête dure : mais si une fois il pouvait s’en dégager, sûrement il irait droit au sud.

second citoyen.—Pourquoi de ce côté-là ?

troisième citoyen.—Pour se perdre dans un brouillard, où, après s’être fondu jusqu’aux trois quarts dans une rosée corrompue, le reste reviendrait charitablement vous aider à trouver femme.

second citoyen.—Vous avez toujours le mot pour rire : à votre aise, à votre aise.

troisième citoyen.—Êtes-vous tous résolus à donner votre voix ? Mais peu importe que tous la donnent ; la pluralité décide : pour moi je dis que si Coriolan était mieux disposé pour le peuple, jamais il n’aurait eu son égal en mérite. (Entrent Coriolan et Ménénius.)—Le voici vêtu de la robe de l’humilité ; observons sa conduite. Ne nous tenons pas ainsi tous ensemble ; mais approchons de l’endroit où il se tient debout, un à un, deux à deux, ou trois à trois : il faut qu’il nous présente sa requête à chacun en particulier, afin que chacun de nous reçoive un honneur personnel, en lui donnant notre voix de notre propre bouche. Suivez-moi donc, et je vous montrerai comment nous devons l’approcher.

tous ensemble.—C’est cela, c’est cela.

(Ils sortent.)

ménénius.—Ah ! Coriolan, vous avez tort : ne savez-vous pas que les plus illustres Romains ont fait ce que vous faites ?

coriolan.—Que faut-il que je dise ? Aidez-moi, je vous prie, Ménénius. La peste de cet usage ! Je ne pourrai mettre ma langue au pas. Voyez mes blessures ; je les ai reçues au service de ma patrie ; tandis que certains de