Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/358

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qu’un petit nombre connaisse les soucis et les douleurs de la paresse !

D’où sont sortis, crois-tu, les rois et les parasites ? et ces liguées monstrueuses de fainéants qui accablent de fatigue et d’une invincible indigence ceux qui bâtissent leurs palais et leur apportent le pain quotidien ? Du vice, du vice ténébreux et immonde ! de la rapine ! de la folie ! de la trahison ! du crime ! de tout ce qui engendre la misère et fait de cette terre une forêt d’épines ! de la luxure, de la vengeance et du meurtre !… Aussi, — quand la voix de la raison, aussi haute que la voix de la nature, aura éveillé les nations ; quand le genre humain se sera aperçu que le vice est discorde, guerre et misère, et que la vertu est paix, bonheur et harmonie ; quand la nature mûrie de l’homme aura appris à dédaigner les jouets de son enfance, — alors la splendeur royale aura perdu le pouvoir d’éblouir ; cette autorité s’évanouira silencieusement ; le trône splendide, laissé inaperçu dans la salle royale, tombera vite en poussière ; et le métier du mensonge sera devenu aussi odieux et aussi ingrat que l’est aujourd’hui celui de la vérité.

» Où donc est la gloire que les puissants vaniteux de la terre cherchent à éterniser ? Oh ! le plus faible bruit fait par le pas léger du temps, la plus petite vague qui enfle le courant des âges réduit à rien cette bulle vide ! Oui, aujourd’hui, rigide est le pouvoir du tyran, rouge le regard qui darde la désolation, fort le bras qui disperse les multitudes ! Demain arrive. Ce pouvoir, c’est le coup de foudre évanoui dans les âges ! ce regard, c’est l’éclair fugitif sur lequel les ténèbres se sont refermées ! ce bras, il est mangé des vers !

» Quand l’honnête homme succombe, aussi grand dans son humilité que les rois sont petits dans leur grandeur ; quand il succombe, — après avoir mené une