Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 2.djvu/361

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passifs, l’homme accomplit à son insu ta volonté ; pour lui comme pour eux, l’ère nouvelle de la paix éternelle, que le temps mûrit vite, viendra promptement et sûrement ; et l’édifice infini que tu remplis n’aura plus de lacune qui dépare sa symétrie idéale ! »

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VIII


« Tu as vu le présent et le passé ; tu as assisté à leur spectacle désolant. Maintenant, Esprit, apprends les secrets de l’avenir. — Temps ! soulève l’aile maternelle de tes limbes ; rends à la lumière tes enfants à demi engloutis, et du berceau de l’éternité où des millions d’êtres dorment leur phase de sommeil, bercés par le sourd murmure du courant des choses, arrache ce sombre linceul. — Esprit, contemple ta glorieuse destinée ! »

La joie vint à l’Esprit. À travers la large déchirure faite au voile du Temps, l’Espérance apparut, perçant de ses rayons les brumes de la crainte. La Terre n’était plus un enfer ; l’amour, la liberté, la santé, avaient donné leur récolte à la virilité de son printemps, et toutes ses pulsations battaient en harmonie avec les mondes planétaires. C’était une suave musique qui ondulait de concert avec les cordes intimes de l’âme ; elle vibrait alors en palpitations douces et lentes, puisant une nouvelle vie dans une mort transitoire. Tel qu’un vague soupir du vent qui, le soir, éveille le remous de la vague assoupie, et meurt à l’exhalaison de son souffle, et s’affaisse et s’élève, et faiblit et grossit par accès, tel était le pur courant de sensa-