Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 4.djvu/400

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

service de la terre : il fallait voir comme l’ours lui déchirait l’os de l’épaule ; comme il m’appelait au secours, et comme il criait qu’il se nommait Antigone, un grand seigneur !… Mais, pour en finir avec le navire, il fallait voir quel coup de dent la mer lui a donné ; et d’abord, comme les pauvres âmes rugissaient, et comme la mer se moquait d’eux ; et puis, comme le pauvre gentilhomme rugissait, et comme l’ours se moquait de lui, l’un et l’autre rugissant plus haut que la mer et l’orage !


LE BERGER.

Miséricorde, quand as-tu vu cela, mon garçon ?


LE CLOWN.

À la minute ! à la minute ! je n’ai pas fermé l’œil depuis que je l’ai vu : les hommes ne sont pas encore froids sous l’eau, et l’ours n’a pas à moitié dîné du gentilhomme ; il est encore en train.


LE BERGER.

J’aurais voulu être là, pour secourir ce vieux !


LE CLOWN, à part.

Moi, je regrette que vous n’ayez pas été à portée du navire pour le secourir. Là, votre charité aurait perdu pied.


LE BERGER.

Tristes choses ! tristes choses !… Mais regarde ici, mon gars. Rends-toi heureux ! Tu as rencontré des mourants, et moi des nouveau-nés. Voilà un spectacle pour toi ! Regarde ! une layette digne de l’enfant d’un écuyer. Regarde là.

Il montre le sac.

Ramasse, ramasse, mon garçon, et ouvre. Voyons donc ! Il m’a été dit que je serais riches par les fées : c’est quelque enfant échangé au berceau… Ouvre ; qu’y a-t-il là-dedans, mon garçon ?