Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 5.djvu/456

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d’ire, et ne voulut rien faire, devant que parler l’enseigne, auquel il s’en alla soudainement, et lui dit ce qui étoit avenu, et le pria d’entendre le caporal et sentir ce qu’il pourroit touchant cela.

L’enseigne, joyeux d’un tel accident, lui promit de le faire, et parla au caporal, un jour que le More étoit en lieu d’où il les pouvoit voir parler ensemble, et luy parlant d’autre chose que de cette femme, il rioit tant qu’il pouvoit et faignant d’être émerveillé, il faisoit plusieurs gestes de tête et de mains, comme s’il eust ouï choses merveilleuses.

Aussi tost que le More les vit séparés, il s’en alla vers l’enseigne pour savoir ce que celui-là lui avoit dit, et après qu’il se fut fait long temps prier, enfin il lui dit.

— Il ne m’a celé aucune chose, et m’a dit qu’il a jouy de votre femme, toutes les fois qu’étant dehors vous lui en avez donné le loisir, et que la dernière fois qu’il a couché avec elle, elle lui a donné le mouchoir, que vous lui donnâtes, quand vous la prîtes en mariage.

Le More remercia l’enseigne, et luy sembla que s’il trouvoit, que sa femme n’eût le mouchoir, il connoîtroit être ainsi que l’enseigne lui avoit dit.

Parquoi étant entré un jour, en divers propos avec sa femme, il lui demanda le mouchoir.

La pauvre femme, qui avoit toujours eu grande peur de cela, devint toute en feu, au visage à telle demande, et pour cacher sa rougeur qui lui montoit au visage, que le More nota bien, elle courut au coffre, et fit semblant de le chercher : et après l’avoir long temps cherché, elle dit.

— Je ne sais pas comme je ne le trouve maintenant ! vous l’aurez paravanture.

— Si je l’avois, dit-il, pourquoi vous l’eussé-je de-