Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/105

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j’étais — un morceau digne d’un monarque ; alors le grand Pompée, — immobile, fixait ses yeux dilatés sur mon front ; — c’était là qu’il voulait jeter l’ancre de son extase et mourir — en contemplant celle qui était sa vie !


Entre Alexas.

ALEXAS.

Souveraine d’Égypte, salut !


CLÉOPÂTRE.

— Combien tu ressembles peu à Marc-Antoine ! — mais tu viens de sa part, et ce merveilleux élixir — t’a transfiguré et converti en or. — Comment va mon brave Mare-Antoine ?


ALEXAS.

— Savez-vous la dernière chose qu’il a faite, chère reine ? — Il a appliqué un baiser, le dernier après bien d’autres, — sur cette perle orientale… Ses paroles sont rivées à mon cœur.


CLÉOPÂTRE.

— Il faut que mon oreille les en arrache.


ALEXAS.

« Ami, s’est-il écrié, — dis que le fidèle Romain envoie à la grande Égyptienne — ce trésor d’une huître ; pour racheter à ses pieds, — la mesquinerie de ce présent, je veux incruster — de royaumes son trône opulent ; tout l’Orient, — dis-le lui, la nommera sa maîtresse ! » Sur ce, il a fait un signe de tête — et il est monté gravement sur un coursier fougueux — qui hennissait si haut que, eussé-je voulu parler, — son cri bestial m’eût rendu muet !


CLÉOPÂTRE.

Eh bien, était-il triste ou gai ?