Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/446

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entre mes bras, fassent désormais la mort et la fortune comme elles entendront, car je me tiens plus que satisfaite de tous mes ennuis passés, par la seule faveur de votre présence.

À laquelle Rhoméo, la larme à l’œil, pour ne demeurer muet, répondit :

— Madame, combien que je n’aie jamais reçu tant de faveur de fortune que vous pouvoir faire sentir par vive expérience la puissance qu’avez sur moi, et le tourment que je recevais à tous les moments du jour à votre occasion, si vous puis-je assurer, que le moindre ennui où je me suis vu pour votre absence m’a été mille fois plus pénible que la mort, laquelle longtemps eût tranché le filet de ma vie, sans l’espérance que j’ai toujours eue en cette heureuse journée, laquelle me payant maintenant le juste tribut de mes larmes passées, me rend plus content que si je commandais à l’univers, vous suppliant (sans nous amuser à remémorer nos anciennes misères) que nous avisions pour l’avenir de contenter nos cœurs passionnés, et à conduire nos affaires avec telle prudence et discrétion, que nos ennemis, n’ayant aucun avantage sur nous, nous laissent continuer le repos et tranquillité[1].

Et ainsi que Juliette voulait répondre, la vieille survint qui leur dit :

— Qui a temps à propos et le perd, trop tard le recouvre ; mais puisqu’ainsi est que vous avez tant fait endurer de mal l’un à l’autre, voilà un champ que je vous ai dressé, dit-elle, leur montrant le lit de camp qu’elle avait appareillé : prenez vos armes, et en tirez désormais la vengeance[2].

  1. Ce dialogue est une longue amplification du texte italien.
  2. Dans la légende originale, la nourrice ne parait pas pendant la nuit de