Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/345

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CASSIUS.

C’est juste. — Et l’on déplore grandement, Brutus, — que vous n’ayez pas de miroir qui reflète — à vos yeux votre mérite caché — et vous fasse voir votre image. J’ai entendu — les personnages les plus respectables de Rome, — l’immortel César excepté, parler de Brutus, — et, gémissant sous le joug qui accable notre génération, — souhaiter que le noble Brutus eût des yeux.


BRUTUS.

— Dans quel danger voulez-vous m’entraîner, Cassius, — que vous me pressez ainsi de chercher en moi-même — ce qui n’y est pas ?


CASSIUS.

— Préparez-vous donc à m’écouter, bon Brutus ; — et puisque vous vous reconnaissez incapable de bien vous voir — sans réflecteur, je serai, moi, votre miroir, — et je vous révélerai discrètement à vous-même — ce que vous ne connaissez pas de vous-même. — Et ne vous défiez pas de moi, doux Brutus. — Si je suis un farceur vulgaire, si j’ai coutume — de prostituer les serments d’une affection banale — au premier flagorneur venu ; si vous me regardez — comme un homme qui cajole les gens, les serre dans ses bras — et les déchire ensuite, comme un homme — qui, dans un banquet, fait profession d’aimer — toute la salle, alors tenez-moi pour dangereux.

Fanfares et acclamations au loin.

BRUTUS.

— Que signifie cette acclamation ? Je crains que le peuple — ne choisisse César pour son roi.


CASSIUS.

Ah ! vous le craignez ? — Je dois donc croire que vous ne le voudriez pas.


BRUTUS.

— Je ne le voudrais pas, Cassius, et pourtant j’aime