Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/354

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être séduit ? — César ne peut guère me souffrir, mais il aime Brutus. — Aujourd’hui, si j’étais Brutus et qu’il fût Cassius, — César ne me dominerait pas… Je veux ce soir — jeter par ses fenêtres des billets d’écritures diverses, — qui seront censés venir de divers citoyens : — tous auront trait à la haute opinion — que Rome a de son nom, et feront vaguement — allusion à l’ambition de César. — Et, après cela, que César se tienne solidement ; — car ou nous le renverserons, ou nous endurerons de plus mauvais jours.

Il sort.

Scène III.


[Rome. Une rue.]


Il fait nuit. Tonnerre et éclairs. Casca, l’épée à la main, se croise avec Cicéron.

CICÉRON.

— Bonsoir, Casca. Est-ce que vous avez — reconduit César ? — Pourquoi êtes-vous hors d’haleine ? et pourquoi semblez-vous si effaré ?


CASCA.

— N’êtes-vous pas ému quand toute la masse de la terre — tremble comme une chose mal affermie ? Ô Cicéron, — j’ai vu des tempêtes où les vents grondants — fendaient les chênes noueux, et j’ai vu — l’ambitieux océan s’enfler, et faire rage, et écumer, — et s’élever jusqu’aux nues menaçantes ; — mais jamais avant cette nuit, jamais avant cette heure, — je n’avais traversé une tempête ruisselante de feu. — Ou il y a une guerre civile dans le ciel, — ou le monde, trop insolent envers les dieux, les provoque à déchaîner la destruction.