Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/355

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CICÉRON.

— Quoi ! avez-vous vu quelque chose de plus surprenant ?


CASCA.

— Un esclave public (vous le connaissez bien de vue), — a levé sa main gauche qui a flamboyé et brûlé — comme vingt torches ; et cependant sa main, — insensible à la flamme, est restée intacte (31). — En outre (depuis lors je n’ai pas rengainé mon épée), — j’ai rencontré près du Capitole un lion — qui m’a jeté un éclair, et, farouche, a passé — sans me faire de mal. Là — étaient entassées une centaine de femmes spectrales, — que la peur avait défigurées. Elles juraient avoir vu — des hommes tout en feu errer dans les rues. — Et hier l’oiseau de nuit s’est abattu — sur la place du marché, en plein midi, — huant et criant. Quand de tels prodiges — surviennent conjointement, qu’on ne dise pas : — En voici les motifs, ils sont naturels ! — car je crois que ce sont des présages néfastes — pour la région qu’ils désignent.


CICÉRON.

En effet, c’est une époque étrange : — mais les hommes peuvent interpréter les choses à leur manière, — et tout à fait à contre-sens. — Est-ce que César vient demain au Capitole ?


CASCA.

— Oui ; car il a chargé Antoine de vous faire savoir qu’il y serait demain.


CICÉRON.

— Bonne nuit donc, Casca : ce ciel si troublé — n’invite pas à la promenade.


CASCA.

Adieu, Cicéron.

Cicéron sort.