Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/366

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d’autre aiguillon que notre propre cause — pour nous stimuler à faire justice ? d’autre lien — que ce secret entre Romains qui ont donné leur parole — et ne l’éluderont pas ? d’autre serment — que l’engagement pris par l’honneur envers l’honneur — de faire ceci ou de périr ? — Laissons jurer les prêtres et les lâches et les hommes cauteleux, — et les vieilles charognes décrépites, et ces âmes souffreteuses — qui caressent l’injure ; laissons jurer dans de mauvaises causes — les créatures dont doutent les hommes ; mais ne souillons pas la sereine vertu de notre entreprise, — ni l’indomptable fougue de nos cœurs — par cette idée que notre cause ou nos actes — exigent un serment. Chaque goutte de sang — que porte un Romain dans ses nobles veines, — est convaincue de bâtardise, — s’il enfreint dans le moindre détail — une promesse échappée à ses lèvres.


CASSIUS.

— Mais que pensez-vous de Cicéron ? Le sonderons-nous ? — Je crois qu’il nous soutiendra très-énergiquement (34).


CASCA.

— Ne le laissons pas en dehors.


CINNA.

Non, certes.


METELLUS.

— Oh ! ayons-le pour nous : ses cheveux d’argent — nous vaudront la bonne opinion des hommes, — et nous achèteront des voix pour louer nos actes. — On dira que son jugement a guidé nos bras : — notre jeunesse et notre imprudence disparaîtront — ensevelies dans sa gravité.


BRUTUS.

— Oh ! ne le nommez pas ; ne nous ouvrons point à lui ; — jamais il ne voudra poursuivre ce que — d’autres ont commencé.