Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/377

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CÉSAR.

César enverra-t-il un mensonge ? — Ai-je étendu mon bras si loin dans la victoire, — pour avoir peur de déclarer la vérité à des barbes grises ? — Décius, va leur dire que César ne veut pas venir.


DÉCIUS.

— Très-puissant César, donnez-moi une raison, que je ne fasse pas rire de moi, quand je dirai cela.


CÉSAR.

La raison est dans ma volonté : je ne veux pas venir. — Cela suffit pour satisfaire le sénat. — Mais pour votre satisfaction personnelle, — et parce que je vous aime, je vous dirai la chose. — C’est Calphurnia, ma femme ici présente, qui me retient chez moi : — elle a rêvé cette nuit qu’elle voyait ma statue, — ainsi qu’une fontaine, verser par cent jets — du sang tout pur, et que nombre de Romains importants — venaient en souriant y baigner leurs mains. — Elle voit là des avertissements, des présages sinistres, des calamités imminentes, et c’est à genoux — qu’elle m’a supplié de rester chez moi aujourd’hui.


DÉCIUS.

— Ce rêve est mal interprété. — C’est une vision propice et fortunée. — Votre statue, laissant jaillir par maints conduits ce sang — où tant de Romains se baignent en souriant, — signifie qu’en vous la grande Rome puisera — un sang régénérateur dont les hommes les plus illustres s’empresseront — de recueillir la teinture, comme une relique, la tache comme un insigne. — Voilà ce que veut dire le rêve de Calphurnia.


CÉSAR.

— Et vous l’avez bien expliqué ainsi.


DÉCIUS.

— Vous en aurez la preuve, quand vous aurez entendu ce que j’ai à dire. — Sachez-le donc, le sénat a résolu — de