Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/412

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BRUTUS.

Tu as décrit là — le refroidissement d’un ami chaleureux. Remarque toujours, Lucilius, — que, quand l’affection commence à languir et à décliner, — elle affecte force cérémonies. — La foi naïve et simple est sans artifice, — mais les hommes creux sont comme certains chevaux fougueux au premier abord ; — ils promettent par leur allure vaillante la plus belle ardeur ; mais, dès qu’il leur faut endurer l’éperon sanglant, — ils laissent tomber leur crinière, et, ainsi que des haridelles trompeuses, — succombent à l’épreuve. Ses troupes arrivent-elles ?


LUCILIUS.

— Elles comptent établir leurs quartiers à Sardes, cette nuit ; — le gros de l’armée, la cavalerie en masse, — arrivent avec Cassius.

Marche militaire derrière le théâtre.

BRUTUS.

Écoutez, il est arrivé. — Marchons tranquillement à sa rencontre.


Entrent Cassius et des soldats.

CASSIUS.

Halte-là !


BRUTUS.

Halte-là ! faites circuler le commandement.


VOIX DIVERSES, derrière le théâtre.

Halte !… Halte !… Halte !


CASSIUS, à Brutus.

— Très-noble frère, vous m’avez fait tort.


BRUTUS.

— Ô vous, dieux, jugez-moi ! Ai-je jamais eu des torts envers mes ennemis ? — Si cela ne m’est pas arrivé, comment puis-je avoir fait tort à un frère ?