Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 10.djvu/427

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— C’est un air somnolent… Ô assoupissement meurtrier ! — tu poses ta masse de plomb sur cet enfant — qui te joue de la musique !… Doux être, bonne nuit ! — Je ne serai pas assez cruel pour t’éveiller. — Pour peu que tu inclines la tête, tu vas briser ton instrument ; — je vais te l’ôter, et bonne nuit, mon bon garçon !

Prenant son livre.

— Voyons, voyons… N’ai-je pas plié le feuillet — où j’ai interrompu ma lecture ? C’est ici, je crois.

Il s’assied.
Le Spectre de César apparaît (44).

— Comme ce flambeau brûle mal !… Ah ! qui vient ici ? — C’est, je crois, l’affaiblissement de mes yeux — qui donne forme à cette monstrueuse apparition. — Elle vient sur moi. Es-tu quelque chose ? Es-tu un dieu, un ange ou un démon, — toi qui glaces mon sang et fais dresser mes cheveux ? — Dis-moi qui tu es.


LE SPECTRE.

— Ton mauvais génie, Brutus.


BRUTUS.

Pourquoi viens-tu ?


LE SPECTRE.

— Pour te dire que tu me verras à Philippes.


BRUTUS.

— Eh bien, je te reverrai donc ?


LE SPECTRE.

Oui, à Philippes.

Le spectre s’évanouit.

BRUTUS.

— Eh bien ! je te verrai à Philippes. — Maintenant que j’ai repris courage, tu t’évanouis ; — mauvais génie, je voudrais m’entretenir encore avec toi… — Enfant ! Lucius !… Varron ! Claudius, mes maîtres, éveillez-vous ! — Claudius !