Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/158

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


SILVIA.

— Ursule, apportez mon portrait.

Ursule apporte le portrait.
À Julia.

— Allez, donnez ceci à votre maître : dites-lui, de ma part, — qu’une certaine Julia, qu’oublient ses inconstantes pensées, — parerait sa chambre beaucoup mieux que cette ombre.


JULIA, lui remettant un papier.

— Madame, daignez lire cette lettre… — Pardon, madame : je vous ai étourdiment — remis un papier qui n’est pas à votre adresse. — Voici la lettre pour Votre Grâce.

Elle lui donne un second papier.

SILVIA.

Je t’en prie, laisse-moi voir encore celle-là.


JULIA.

— Impossible ! Pardonnez-moi, bonne madame.


SILVIA, lui rendant le premier papier.

Eh bien, prends.

Elle reconnaît l’écriture du second papier.

— Je ne veux pas même regarder les vers de votre maître : — je sais qu’ils sont bourrés de protestations, — et remplis de serments improvisés qu’il romprait, — aussi aisément que je déchire son billet.

Elle déchire la lettre.

JULIA, lui remettant un anneau.

— Madame, il envoie cette bague à Votre Grâce.


SILVIA.

— C’est un surcroît d’opprobre pour lui qu’un pareil envoi ; — car je lui ai entendu dire mille fois — que sa Julia la lui avait donnée à son départ. — Quoique son doigt traître ait profané cet anneau, — le mien ne fera pas une si noire injure à sa Julia.

Elle rend l’anneau à Julia.