Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1872, tome 8.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


JULIA.

— Elle vous en remercie.


SILVIA.

Que dis-tu ?


JULIA.

— Je vous remercie, madame, de vous intéresser à elle. — Pauvre gentille femme ! Mon maître l’a bien fait souffrir.


SILVIA.

— Est-ce que tu la connais ?


JULIA.

Presque autant que je me connais moi-même. — Rien qu’en pensant à ses malheurs, je vous jure — que j’ai pleuré cent fois.


SILVIA.

— Elle pense sans doute que Protée l’a abandonnée.


JULIA.

— Je crois que oui, et c’est là la cause de son chagrin.


SILVIA.

— N’est-elle pas éclatante de beauté ?


JULIA.

— Elle l’a été, madame, plus qu’elle ne l’est. — Quand elle se croyait aimée de mon maître, — elle avait, à mon jugement, autant d’éclat que vous ; mais depuis qu’elle a négligé son miroir — et jeté le masque qui l’abritait du soleil, — l’air a flétri les roses de ses joues — et meurtri son teint de lis, — tellement qu’elle est aujourd’hui aussi hâlée que moi.


SILVIA.

— De quelle taille est-elle ?


JULIA.

— À peu près de ma hauteur : car, à la Pentecôte, — quand se jouaient nos parades joyeuses, — nos jeunes camarades me faisaient jouer un rôle de femme, — je